Article Le Coeur Tsigane / Vivant-Mag

Article paru dans Vivant Mag :
Agnès Gros, comédienne, chanteuse et conteuse, a découvert la culture romani grâce au chant puis a suivi un solide enseignement qui lui permet aujourd’hui de parler couramment la langue.
La salle de la médiathèque est comble (70 spectateurs environ). Vêtue de couleurs chaudes, jupe longue, veste colorée et cheveux lâchés, Agnès Gros enchaîne contes, poèmes et chants en passant
avec aisance du romani au français, et nous fait autant goûter la saveur des mots que leur sens. Les textes sont beaux, forts et souvent âpres. Ils parlent de misère, de faim, d’exclusion et de
guerre, mais aussi de ténacité, de patience, de joies et d’espoir… car chez les Tsiganes on se salue par « Qu’il t’advienne la chance !». Thierry Chadelle apporte, par sa musique, des accents
de passion et de tendresse à ce spectacle chaleureux qui rayonne
d’émotions contrastées.
J’ai apprécié l’esthétique de ce spectacle et la force de son message. Agnès Gros nous a fait découvrir une langue d’une grande beauté, et a incarné des textes magnifiques avec unegrande intensité dramatique, sans folklore ni pathos. Qu’elle nousait pris à témoins avec des gestes de protestation, qu’elle se soit recueillie dans une attitude nostalgique ou qu’elle ait ri à gorge
déployée, c’était toujours poignant. Les très belles compositions de Thierry Chadelle relayaient les mots avec vigueur, et les deux artistes semblaient former un duo bien rôdé : si Agnès Gros contait
l’ingéniosité cruelle déployée par une femme pour tromper la faim des enfants, la guitare en fureur se déchaînait ; à l’inverse, pour accompagner une longue complainte sur Mitrovica, Thierry Chadelle
faisait gémir l’instrument. Je suis sortie de ce spectacle profondément remuée.
En faisant entendre les paroles mêmes du peuple tsigane, Agnès Gros propose au public de décaler son angle de vue et de sortir des préjugés. Accessible à tous, ce spectacle magnifique et courageux
participe au combat contre l’ignorance, si souvent cause d’incompréhension, de crainte ou d’ostracisme.
En complément du spectacle, l’exposition « L’Histoire n’a pas de mémoire » était installée en quelques panneaux dans un couloir de la médiathèque. Sur un texte de Thomas Hammarberg
(commissaire aux droits de l’homme, Communauté Européenne) elle dénonce les persécutions subies par les Roms.
Catherine Polge – Vivant Mag

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